INFORMATION

Les fonds 1010W et 1011W concernant les maisons d’arrêt de Quimper et de Brest (1926-1990), ont été transférés de Brest à Quimper.

Projet de centrale nucléaire à Plogoff

Le 29 juin 1979, Electricité de France fait une demande de Déclaration d'Utilité Publique pour la construction d'une centrale nucléaire et de ses ouvrages annexes, à réaliser sur le territoire de la commune de Plogoff.

 

Quelques éléments du projet tirés de la synthèse du dossier d'enquête publique réalisée en 1980

La centrale devait être d'une puissance de 5 200 000 KW du modèle dit "eau ordinaire", technique "uranium enrichi - eau pressurisée" (PWR) et devait voir le jour par tranche entre 1990 et 1995 (4 tranches de 1 300 MW). Son implantation était envisagée sur une plateforme obtenue par creusement de la falaise granitique littorale dans une zone sensiblement comprise de la pointe de Feunteun Aod et la pointe Diameur (surface de 107 ha à terre + 77 ha sur le domaine maritime). Le coût du chantier était estimé à environ 13 milliards de francs.

L'enquête d'utilité publique insiste sur la situation électrique de la région Bretagne, dont seulement 20% de la consommation en 1978 était assurée par des installations régionales. L'implantation à Plogoff est motivée par la dimension des surfaces disponibles, la faible utilisation effective des sols et la remarquable potentialité en terme de refroidissement de la centrale en raison de l'importance des courants marins, réduisant ainsi les problèmes liés à l'environnement.

Sur le plan de l'activité de pêche, la flotille du port d'Audierne comprend à l'époque 160 bateaux (29 pour le large, 131 pour la pêche côtière) avec un effectif d'environ 400 marins-pêcheurs pour une activité de l'ordre de 1500 tonnes par an. Les principales espèces recherchées sur les hauts fonds de l'île-de-Sein comprennent : thon, daurade, sardine, baudroie, maquereau, congre, lieu jaune, tourteau, langouste, coquille Saint-Jacques. Dans la zone du site, 18 à 20 navires travaillent au cours de l'année, représentant environ 10% de l'activité totale (grande vieille, tacaud, lieu jaune, julienne, tourteau, araignée, occasionnellement dorade grise, grondin, chien, surmulet, bar...).                            

Il existe également une récolte de goëmon (200 tonnes par an environ à Audierne).

A cette période, le Finistère est le premier département touristique de l'Ouest et le 3ème en France avec 800 000 visiteurs en 1974 et une expansion de 5% par an.

Les conclusions d'EDF quant à l'impact sur la faune et la flore marines, prenant en compte les ressources de la pêche, se déclinent en trois axes :

  • le choc mécanique affecterait le plancton animal (15% à 25% de perte).
  • le choc thermique entraînerait une mortalité de l'ordre de 50% du plancton animal lorsque les températures dépasseraient les 30°C.
  • le choc chimique ralentirait la croissance des végétaux planctoniques et la production primaire locale sans toutefois l'endiguer.

Il s'agit ici du plancton animal et végétal aspiré dans le circuit de refroidissement de la centrale.

Enfin, il est indiqué que l'augmentation légère de température et la concentration en oxydants résiduels affecteraient les organismes vivant dans la zone marine de quelques km2 au large du rejet du système de refoidissement.

Ces éléments ne constituent cependant pas aux yeux d'EDF un motif suffisant de retrait du projet.

Les opposants ont, quant à eux, une lecture plus alarmiste de l'impact qu'aurait la centrale sur la ressource halieutique. Les fonds d'archives nous éclairent sur les positions du Comité d'Information Nucléaire.

Ses conclusions sont les suivantes

Après l'envoi d'observateurs sur le site de Vandelos en Espagne, où fonctionne une micro-centrale de 500 MW utilisant 30 m3 d'eau de mer par seconde pour son refroidissement (45 m3 par seconde par tranche de 1 300 MWe évalués pour Plogoff par EDF), il apparaît que l'élévation de température de l'eau provoque un bouleversement tel que toutes les espèces seront détruites ou modifiées. Un article du Monde en date du 23 novembre 1974 confirme ce diagnostique au sujet de Vandelos : "Concernant le milieu marin, il n'y a plus rien dans un rayon de 8 km autour de la centrale et la zone stérile s'agrandit progressivement".

Le CRIN prédit en conséquence la raréfaction de la pêche cotière : coquillages impropres à la consommation (double choc thermique ou rejet d'eau chaude chlorée), la vente de la pêche au large étant déjà compromise (effet psychologique des pollutions pétrolières à l'image de la catastrophe du "Torrey Canyon").

Il insiste aussi sur la difficulté de maintien d'une activité agricole dûe aux renforcements des contrôles sanitaires des produits directement liés à l'implantation de la centrale. Ce constat s'appuie sur les mesures prises autour de la centrale de Chinon (contrôles journaliers autour du site, tous les quinze jours chez les cultivateurs).

S'agissant du goëmon, le CRIN indique qu'il ne pourra plus être utilisé dans un délai bref comme fumure des terres agricoles.

Enfin, concernant les développement spécifiques à l'encontre du projet de centrale à Plogoff, le CRIN insiste sur l'incompatibilité d'une centrale nucléaire avec le tourisme, sur un espace qui tire son attractivité d'un environnement naturel relativement préservé. 

De nombreux autres arguments seront mis en avant tout au long de la période de résistance au projet qui s'échelonnera de 1978 à 1981. Elle aboutira sur un fait rare : l'abandon d'un projet d'aménagement "d'intérêt général" de grande ampleur porté par l'État. Le 10 mai 1981 en effet, François Mitterrand, élu Président de la République, et le nouveau gouvernement socialiste décident de mettre fin au projet. 

Projet d'implantation de la centrale

Plan de masse. Archives départementales du Finistère, 1688 W 57.
Géolocalisation. Archives départementales du Finistère, 1688 W 57.
Plan de coupe. Archives départementales du Finistère, 1688 W 57.
Vue depuis la pointe de Feunteun Aoad. Archives départementales du Finistère, 1688 W 57.

Rassemblement anti-nucléaire du 16 mars 1980 à Plogoff 

Reportage télévisé, "Plogoff, le nucléaire conteste"