Ar Soner : l'histoire de la revue

Les Archives départementales du Finistère ont collecté les numéros d’Ar Soner depuis sa création en 1949. Ceci représente 394 numéros (et des hors séries).

Dans le cadre de la politique de préservation et de diffusion du patrimoine culturel breton, ces numéros ont été numérisés au format PDF et ils sont désormais tous disponibles en ligne. Ce travail a été rendu possible grâce à l'aide du Centre de Recherche Bretonne et Celtique de l'Université de Bretagne Occidentale (CRBC), des collections privées, et bien entendu de Bodadeg Ar Sonerion, que l'on remercie.

A ce jour la collecte continue : la collection numérisée sera enrichie au fur et à mesure, quant à la revue papier, les derniers numéros sont disponibles dans le kiosque du hall d'accueil des Archives (consultation sur place).

Bonne lecture et bonnes recherches dans ce riche corpus qui accède aujourd'hui au rang de patrimoine alors qu'il se trouvait hier au service de ce patrimoine musical breton et ce qu'il continue de faire.

L'histoire d'Ar Soner

L'origine d'Ar Soner

Ar Soner est une revue bilingue de musique bretonne créée par B.A.S (Bodadeg Ar Sonerion) en 1949. Cette association avait pour dessein de rassembler les sonneurs de Bretagne et de transmettre le savoir à la jeune génération.

Six sonneurs sont à l’origine de ce projet ambitieux : Dorig LE VOYER, Polig MONJARRET, Efflam KUVEN, Robert MARIE, Iffig HAMON et René TANGUY.

C’est à Rennes que l’histoire commence. Polig MONJARRET fait la connaissance de Dorig LE VOYER, musicien et facteur d'instruments ; ce dernier lui vend son premier instrument traditionnel breton et lui apprend les rudiments de la bombarde et du biniou. Plus tard, ils formeront un couple de sonneurs biniou-bombarde lors des noces.

Dorig LE VOYER contrôle le levriad d'un biniou braz (photo issue de Musique Bretonne - Histoire des sonneurs [...], p. 413)
Polig (à gauche) et Dorig (à droite) forment un couple de sonneurs

 

En 1942, suite à la première représentation de B.A.S au Théâtre Municipal de Rennes, Polig rencontre Loeiz ROPARS, étudiant à Rennes et "danseur au Cercle Celtique" (Polig Monjarret dans le n° 129 d'Ar Soner, p.20). Celui-ci l’initie à la « vraie » culture traditionnelle bretonne avec la découverte de la Bretagne profonde. Les amis que Polig se fait au Cercle celtique lui font naître la passion pour les traditions bretonnes.

C’est le début d’un long parcours engagé : il forme des associations (outre la B.A.S, on peut citer notamment la Commission d’Etudes et d’Actions Folkloriques ou encore l’Association Bretonne pour les Relations Interceltiques), il fait publier des recueils de musique bretonne, récolte et enregistre des airs dans toute la Bretagne, est l’organisateur de divers événements culturels, etc.

1943. B.A.S est née. Dorig en est le président, Polig le secrétaire général. Les objectifs de cette association, créée par et pour les sonneurs bretons, sont clairs : les « six mousquetaires », comme les appelle Per Jakez Helias, entendent bien perpétuer la culture bretonne car après la Première guerre mondiale, les traditions se sont progressivement perdues au cœur de la péninsule. L’habit traditionnel est peu à peu délaissé ; la jeune génération se tourne plus volontiers vers la musique moderne délivrée par les radios ; les joueurs de biniou et de bombarde se font rares ; la langue bretonne se perd. Bref, il devient urgent de sauver les bribes de culture bretonne et de les transmettre. Bodadeg Ar Sonerion aspire à regrouper sous son nom les bretons, de les rassembler face à une France qui tend à centraliser le pouvoir avec le français qui vient suppléer le breton.

L’association souhaite également munir chaque commune de Bretagne d’un couple de sonneurs. Pour ce faire, deux stratégies sont mises en place : organiser des camps-école l’été afin de former des sonneurs, et implanter des « kevrennoù » (regroupement de différents acteurs sur un même territoire), autrement dit des lieux qui assuraient les cours en dehors de la belle saison. Aujourd’hui encore, la principale activité de B.A.S demeure dans la formation musicale.

À ceci s’ajoute les évaluations pour cerner les difficultés de chacun et combler les lacunes.

Toujours dans l’esprit de transmission, l’association édite des recueils d’airs pour biniou et bombarde, et inclus dans Ar Soner des tablatures et autres éléments nécessaires à l’apprentissage de la musique, des instruments et de la langue bretonne.

Si les projets sont clairs, la création de B.A.S n’est pas de tout repos. C’est une idée vue comme un « projet chimérique » (Ar Soner, mai 1949, n°1, p.2), un projet « pas viable en lui-même », qui plus est suggéré à un moment inopportun selon certains. Nous sommes au lendemain de la Seconde guerre mondiale et des sceptiques considèrent qu’ « il y a mieux à faire pour la Bretagne ». La guerre, les détracteurs et le manque de finances retardent donc la naissance d’Ar Soner.

Toutefois, les six amis ont fait « la sourde oreille à ces conseils désintéressés » (ibid.) et ont continué de croire à leur projet.

Ainsi, le premier numéro sort en mai 1949 à l’occasion du premier concours des meilleurs sonneurs organisé par B.A.S. C’est le début d’une longue lignée de publications aux thèmes variés :

  • Organisation interne de la fédération
  • Nouvelles des adhérents (changement de poste, naissances, décès, etc.)
  • Anecdotes sur les bretons (rubrique « Le saviez-vous ? » (ex : n°1, p. 14), dans l’éditorial ou autre)
  • Partitions de musique et tablatures de bombarde
  • L’instruction des danses bretonnes (schémas des divers pas)
  • Les instruments (fabrication, entretien, histoire, spécificités)
  • Règlement des concours (de compositions, de chants, de musique), annonce des dates et publication des résultats
  • Annonce des événements culturels bretons (camps-école, festivals, etc.)
  • Échanges de points de vue
  • Leçons de vocabulaire breton (ex : le numéro spécial d’octobre-novembre 1949, n° 5-6, p. 18-20 ou le numéro 7 de décembre 1949, p.12-13)
  • Mots-croisés en breton ou en français
  • Réflexions sur la langue bretonne
  • Le prix des instruments conçus par Dorig LE VOYER

Dès lors, la Lettre mensuelle ronéotypée et diffusée par Polig aux membres de B.A.S est remplacée par ce magazine qui doit, lui aussi, regrouper les sonneurs. À l’origine, la revue devait être tirée une fois par mois. Toutefois, ce ne sera pas toujours le cas, faute de moyens et/ou de bénévoles. Elle sera parfois mensuelle (de 1949 à 1954 par exemple), bimensuelle (en 1955), bimestrielle (cf. 1957, 1959, 1978) voire trimestrielle en 1963 ou encore 1998. Les problèmes de trésoreries sont malheureusement monnaie-courante. À ce sujet il est dit, dans le n° 60 (p. 4) qu’il :

« n’est pas possible, dans l’état actuel des choses, d’assurer une périodicité plus régulière. […] Il est suggéré de dater le N° sorti, du mois suivant, ce qui aurait l’avantage, pour la vente en dépôts, de présenter un numéro publicitairement encore d’actualité. […] Pour cette raison, ce N° de 8 pages, valable pour Octobre seulement, porte l’annonce Octobre-Novembre ».

Autre exemple, le numéro 22, qui couvre mai-juin 1951, est ronéotypé.

De la lettre mensuelle à la revue Ar Soner

Par ailleurs la revue a connu plusieurs formats et en voici l'histoire dans les grandes lignes :

1949. Le premier numéro est publié sur des cahiers en 16 x 24,5 cm (in-8 raisin), à Granville, grâce à l’aide d’un sonneur qui, pour aider au lancement de la revue, accepte de pratiquer des prix avantageux d’impression.

1950. Dès 1950, B.A.S change d’imprimerie, et choisit Quimper, qui ne pratique pas le même format, Ar Soner est alors publié sur des feuilles entières.

1957. Retour au demi-format 16 x 24,5 en 1957, mais celui-ci s’avère par la suite inadapté aux besoins de B.A.S. Polig MONJARRET souligne par exemple l’incohérence de trouver des partitions imprimées à la verticale (Ar Soner, janvier 1980, n° 251, p.1).

1980. Dans un souci de transmission, B.A.S s’attèle à la publication de recueils d’airs, de partitions et de méthodes. Cela nécessite un grand format (21 x 29,7, et ouvert 29,7 x 42 cm) qui sera celui adopté pour Ar Soner, en 1980.

Et après... un nouveau format est proposé, en 24x32 cm.

Malgré ces déboires, Polig MONJARRET garde confiance et maintient le cap que ses amis et lui se sont fixé. La rencontre, en 1947, d’une « délégation écossaise accompagnée du City Police Pipe Band de Glasgow » lors du « congrès du groupe Sao Breiz des FFL (Forces Françaises Libres) » (source : Musique Bretonne, n° 178, p. 33), donne un regain d’énergie à la troupe de sonneurs. En effet, ces écossais sont pris comme exemple, eux qui ont su diffuser à travers le monde leur musique.Toutefois les bretons se sont distingués par leur fort caractère : la cornemuse écossaise s’est implantée dans plusieurs villes, régions, pays, sans que celle-ci soit modifiée, sauf en Bretagne où elle est adaptée au goût breton. Dans Ar Soner (1954, n° 58), Dorig dit ainsi : « j’ai bricolé […] en l’améliorant, j’ai mis au point un instrument, j’ai unifié un ton et un timbre, j’ai travaillé dans le sens breton », si bien que le great Highland bag-pipe est devenu le biniou braz.

Polig demande à Dorig de concevoir des binious à l’usage des membres de B.A.S. Les répétitions s’enchaînent et les manifestions donnent le goût à d’autres sonneurs d’intégrer un bagad. La jeune génération se prête au jeu et vient se mélanger à l’ancienne. Le nombre d’élèves des camps-école croît d’année en année. Le mouvement est lancé.

Bodadeg Ar Sonerion connaît donc un vif succès et Ar Soner participe à donner de la visibilité cette association qui incarne le symbole du renouveau breton.

Pour aller plus loin...

* Ouvrages, articles, revues et sites internet consultés pour la valorisation d’Ar Soner [entre mai et juillet 2020]

Polig Monjarret, un enfant du diable - Documentaire de Philippe Guilloux, réalisateur carhaisien.

Date de sortie initialement prévue en mars 2020 (reportée en raison du Coronavirus).